80 ans de la Libération : Hommage à Robert Deloche et aux FFI/FTPF

Le 80ème anniversaire de la Libération de la région parisienne par l’insurrection populaire menée par la Résistance contre l’occupant nazi a été l’occasion de plusieurs célébrations permettant de perpétuer le devoir de mémoire et de rendre hommage aux hommes et aux femmes courageuses qui ont œuvré à débarrasser la France des forces allemandes et des collaborateurs.

Le 18 août 1944, l’ordre de mobilisation et l’appel général à l’insurrection rédigés par le colonel Rol-Tanguy, commandant communiste des FFI (Forces Françaises de l’Intérieur) de la région parisienne, lancent le signal qui va conduire à l’édification de barricades et à l’amplification des combats contre l’occupant et les troupes collaborationnistes liées au régime du Maréchal Pétain et aux partis d’extrême-droite. Ce faisant, à l’instar du Comité parisien de libération qui avait démarré les premières insurrections dès le mois d’août avant même l’arrivée des Alliés sur le territoire francilien, il permettra à la résistance française d’être présente à la signature du cessez-le-feu signé par le général allemand Von Choltitz.

Les municipalités de gauche mais aussi certaines municipalités de droite, à la différence de Saint-Maur, n’hésitent pas à reconnaître le rôle majeur joué par les communistes dans la résistance, qui s’engagèrent dès les premières heures contre l’idéologie nazie (à l’image des pamphlets rédigés dès la fin de l’année 1940 par Georges Politzer, dirigeant communiste et professeur de philosophie au lycée Marcelin Berthelot de Saint-Maur-des-Fossés) et qui poursuivirent leur engagement et leur lutte tout au long de l’occupation, malgré les persécutions et la répression sans pitié orchestrées par les nazis et le régime collaborationniste de Vichy.

C’est le cas de la Mairie de Joinville-le-Pont, qui a souhaité rendre hommage à Robert Deloche, en conviant son fils, notre ancien secrétaire de section et conseiller municipal de Saint-Maur-des-Fossés, Guy Deloche à la commémoration qui s’est tenue le dimanche 1er septembre 2024. L’occasion pour Guy Deloche de déposer 3 gerbes au nom du Parti Communiste Français pour rendre hommage à tou.tes les combattant.es des FFI et FTPF qui ont œuvré à libérer Joinville-le-Pont le 20 août 1944.

QUI ETAIT ROBERT DELOCHE (1909-1988) ?

Grand résistant au sein des FFI (Forces françaises de l’intérieur)/FTPF (Francs-tireurs et partisans français) du Val-de-Marne, ouvrier fourreur, conseiller municipal communiste puis maire communiste de Joinville-le-Pont, conseiller général communiste de Saint-Maur-des-Fossés, syndicaliste et militant antifasciste, exclu du Parti comme de nombreux résistants pendant la période du « stalinisme à la française » des années 1950, dirigeant du Parti Communiste Algérien avant-guerre puis membre du cabinet du premier ministre de l’Agriculture d’une Algérie indépendante… Le parcours de Robert Deloche est à plus d’un titre exceptionnel !

Robert Deloche à la tribune d’un banquet populaire quelques années après la Libération

Né en 1909 à Lyon, Robert Deloche n’a pas encore vingt ans quand il rejoint la région parisienne juste après avoir terminé son apprentissage de fourreur. Arrivé depuis peu à Saint-Maur, il s’engage dans l’armée pour 2 ans. Engagé volontaire en 1929, il part faire son service militaire au Maroc dans les spahis (unités de cavalerie française de l’armée d’Afrique) où il apprend à manier les armes ainsi quelques rudiments d’arabe, deux atouts qui lui serviront plus tard…

De retour de l’armée, il retrouve un emploi de fourreur et adhère au PCF en 1932. Confronté ensuite au chômage, il milite au sein du Comité des chômeurs de Champigny-sur-Marne dont il devient rapidement secrétaire, tout comme il devient secrétaire du Comité de lutte contre la guerre et le fascisme, en cette période où la menace de l’extrême-droite se fait de plus en plus sentir. Face au danger représenté par l’Allemagne hitlérienne, il fait partie de ceux qui parviendront à négocier l’organisation d’un front commun entre le PCF et la SFIO pour l’est parisien.

Ne craignant pas les responsabilités, il est aussi élu en 1933 trésorier adjoint du syndicat unitaire (CGTU) de la fourrure et participe au mouvement de grève de la fourrure des Galeries Lafayette.Militant au SRI (Secours rouge international), au SOI (Secours ouvrier international), au CDH (Comité de défense de l’Humanité) et aux AUS (Amis de l’Union soviétique), Robert Deloche est sur tous les fronts. La commission des cadres du PCF le suit de près.

Après avoir résidé à Saint-Maur-des-Fossés, il s’installe à Joinville-le-Pont en 1935 et y est rapidement élu conseiller municipal communiste. Il devient aussi membre du bureau du PCF de la région Paris-Est en 1936.

En parallèle, il s’engage assez tôt dans la section coloniale du PCF dont il devient secrétaire adjoint en 1936 et dont il sera le rapporteur lors du congrès d’Arles en 1937. S’appuyant sur sa connaissance du Maghreb, le PCF l’envoie faire plusieurs tournées de propagande en Algérie et au Maroc.

Membre du bureau du Parti Communiste Algérien (PCA) dès cette même année 1937, il assurera le lien entre le PCA et le PCF, multipliant les voyages de l’autre côté de la Méditerranée jusqu’au déclenchement de la Seconde Guerre Mondiale. Appliquant les nouvelles consignes de la direction du PCF, il œuvre à mettre un frein aux revendications des indépendantistes algériens, souhaitant éviter la division du peuple d’Algérie et du peuple de France alors que le spectre de la guerre avec l’Allemagne hante de plus en plus les consciences en métropole. Rédigeant des articles pour L’Humanité ou les Cahiers du Bolchevisme, il fait connaître aux militants français la situation politique algérienne.

Mobilisé sur le front en août 1939, il participe à la bataille de Dunkerque et fait partie des convois de repli vers l’Angleterre. Quand il revient en France en juillet 1940, il a déjà été déchu de son mandat municipal comme tous les élus communistes. Reprenant le travail pendant quelques mois à Gennevilliers, il est arrêté en août 1941 par la police de Vichy pour faits de résistance à l’occupant nazi, puis torturé avant d’être interné à Châteaubriant comme de nombreux militants et dirigeants communistes et syndicalistes. Après une tentative d’évasion, il est transféré dans le camp de Voves dont il parvient à s’enfuir en juillet 1942. Il entre alors dans la clandestinité et la résistance à l’occupant nazi.

De retour dans la région parisienne, il va préparer la Libération à la tête de la région Paris-Est des Forces Françaises de l’Intérieur (FFI) sous le nom de commandant Vila. Quand le signal de la libération est lancé, il participe aux combats qui vont libérer Joinville-le-Pont le 20 août 1944.

Barricade de wagons déraillés par la Résistance au Pont Chapsal à Joinville-Le-Pont à l’été 1944

Désigné président de la délégation spéciale de Joinville-Le-Pont, il en est élu à nouveau conseiller municipal en avril 1945 et devient maire le 26 octobre 1945. Il devient aussi conseiller général de Saint-Maur-des-Fossés en 1945.

1er anniversaire de la Libération de Joinville le 20 août 1945 avec
André Tollet, Robert Deloche, Henri Rol-Tanguy & Charles Tillon

Robert Deloche et le Conseil municipal de Joinville-Le-Pont issu de la Résistance reçus par le Général De Gaulle en 1945

Fort de son ancrage local et de son activité de résistant, il est réélu maire de Joinville le 19 octobre 1947 à la tête d’une liste réunissant notamment des communistes, des cégétistes, des socialistes et des radicaux. Déterminée à agir en faveur des enfants, la nouvelle municipalité va acquérir un château et 5 hectares de terre et de parc boisé à Brezé dans le Maine-et-Loire pour y installer une colonie de vacances à destination des jeunes joinvillais.

Secrétaire de la région communiste Paris-Est, Robert Deloche va aussi œuvrer à la défense du cinéma français, dont Joinville est un des principaux fleurons, alors que le plan Marshall menace d’inonder les salles de cinéma hexagonales des productions américaines.

Réunion du Comité de Défense du Cinéma Français au cinéma Le Palace à Joinville-Le-Pont avec Réné Clair, Claude Autant-Lara, Renée Faure, Louis Daquin, Marcel Carné et Robert Deloche

En 1949, il se voit attribuer la Croix de guerre avec étoile d’argent pour sa participation à «l’action militaire contre les troupes allemandes », ses « actes de sabotages dans les usines métallurgiques […] travaillant pour l’ennemi », son évasion du camp de Voves « après avoir été un dirigeant de la Résistance, dans tous les lieux où il a été interné », la réception de plusieurs parachutages en 1942 et1943 et la prise de la Mairie de Joinville-le-Pont.

A l’orée des années 1950, la situation se complique, alors que plusieurs grands résistants sont progressivement mis à l’écart du Parti ou de ses instances dirigeantes. Démissionnant de son mandat de conseiller général en novembre 1951 pour de prétendues « raisons de santé », Robert Deloche est ensuite exclu du PCF en décembre 1952 pour « suffisance fractionnelle » et sur la base d’étonnantes accusations de mauvaise gestion financière et d’enrichissement personnel. Il rend son mandat de maire de Joinville-le-Pont en mars 1953. Un an après sa mise à l’écart, le PCF perdra la direction de la ville…

Après quelques mois, Robert Deloche reprend contact avec ses amis algériens, dont la plupart ont rejoint le FLN. Après s’être occupé de la collecte de l’impôt auprès de travailleurs algériens en région parisienne et en province, il est appelé en 1962 à rejoindre l’Algérie pour devenir membre du cabinet du ministre de l’Agriculture du premier gouvernement de l’Algérie indépendante. Il reste dans le pays avec sa famille jusqu’en 1971.

De retour en France, il sera réintégré à sa demande au PCF en 1977, le secrétaire général Georges Marchais lui remettant personnellement sa carte et affirmant que l’affaire était « définitivement classée ». Gaston Plissonnier, le secrétaire du Comité Central, reconnaîtra par ailleurs que son exclusion prononcée en janvier 1953 « n’était pas justifiée ».

Roger Belbeoch, Robert Deloche, Guy Gibout et une camarade de Joinville-Le-Pont en 1977

En 1983, alors que le conseil municipal de Joinville-le-Pont avait décidé de baptiser le stade municipal du nom de Robert Deloche, la droite qui vient de conquérir la mairie fait des pieds et des mains pour inverser cette décision et parvient en 1984 à renommer le stade du nom de Jean-Pierre Garchery (ancien maire de droite)… Exemple parmi d’autres des bassesses d’une droite revancharde quand il s’agit d’effacer la mémoire locale des combats et des apports des communistes… Ce n’est que le 5 septembre 2010, à la demande du nouveau maire, Olivier Dosne, curieusement lui aussi de droite, que l’ouvrage qui enjambe la route nationale 4 près de la gare RER de Joinville-Le-Pont sera baptisé « pont Robert Deloche ».

Pont Robert Deloche le 1er septembre 2024

Après une vie militante pour le moins remplie entre le Val-de-Marne et l’Algérie, Robert Deloche prendra sa retraite dans le Midi de la France et s’éteindra le 12 mai 1988 à Antibes… fier d’avoir passé le flambeau communiste à son fils Guy qui deviendra conseiller municipal de Saint-Maur-des-Fossés quelques années plus tard (de 2001 à 2014).

Guy Deloche déposant une gerbe sur le pont Robert Deloche de Joinville-Le-Pont
au nom du PCF le 1er septembre 2024