Covid-19 : Une crise qui vient de loin…

La pandémie du Covid-19 a déclenché une crise sanitaire et économique d’une ampleur inédite… en attendant la catastrophe sociale et l’explosion de la pauvreté qui ne manqueront malheureusement pas d’apparaître au grand jour à la fin du confinement. Pour autant, cette crise vient de loin et révèle les impasses d’un système à bout de souffle, mais aussi les manquements de dirigeants inféodés aux intérêts des multinationales et des pouvoirs financiers…

Dans notre beau pays, à titre d’exemple, Macron aura tenté pendant plusieurs semaines de cacher, derrière une rhétorique guerrière et un appel récurrent à une prétendue « union sacrée », ses lourdes responsabilités dans la pénurie de matériel médical et de masques mais aussi dans l’affaiblissement de notre système de santé et de nos services sociaux. Après avoir ignoré pendant des mois les appels à l’aide et les alertes répétées des soignants sur l’état de délabrement de l’hôpital public, le gouvernement a aussi ignoré les alertes des épidémiologistes qui l’invitaient dès le mois de janvier à stocker plus de masques et à mettre en place sans tarder des mesures de confinement ou de test généralisé.

Derrière l’enfumage des discours, un Macron resté fidèle à ses dogmes et aux veilles lunes néolibérales

Face à la crise et à la montée du mécontentement populaire, la main sur le cœur, Emmanuel Macron prétend vouloir réinterroger le modèle de développement et revaloriser la place donnée à celles et ceux qui font tenir actuellement le pays mais« que nos économies reconnaissent et rémunèrent si mal ». Il ose même faire référence aux « jours heureux » chers au Conseil National de la Résistance… Pourtant, tous ses actes démontrent le contraire !

C’est avec le même dogmatisme néolibéral qu’on lui connaît depuis le début de son mandat que le gouvernement met à disposition des entreprises privées des milliards d’euros de garanties d’état et d’exonérations de cotisations fiscales et sort l’artillerie lourde pour la généralisation des dispositifs de chômage partiel alors que seules des miettes sont accordées aux services publics. C’est avec ce même dogmatisme que le gouvernement laisse les GAFAM et l’économie numérique prospérer sur les cendres des commerces de proximité (le PDG d’Amazon, Jeff Bezos, a vu sa fortune personnelle bondir de 22 milliards d’euros depuis le début de l’épidémie) même pour des activités non essentielles…

C’est avec ce même dogmatisme que les salariés en première ligne face à la maladie ne se voient proposer que des primes ponctuelles mais sûrement pas des augmentations pérennes de salaires, alors qu’à titre d’exemple le salaire des infirmier-e-s français-es se situe pourtant au 28ème rang sur 32 au sein des pays de l’OCDE !

C’est avec ce même dogmatisme que le gouvernement refuse de taxer les riches plus fortement, de réinstaurer l’ISF ou d’interdire réellement le versement des dividendes et qu’il se contente de faire un appel à la générosité des grandes entreprises et des grandes fortunes qui trouvent ainsi une belle occasion de poursuivre leurs logiques d’évasion fiscale (80 milliards d’euros par an perdus pour les finances publiques) tout en se donnant une belle image à peu de frais en distribuant quelques masques ou combinaisons pour le personnel soignant…

C’est avec ce même dogmatisme que le gouvernement refuse de réquisitionner des usines de façonnage de médicaments (comme l’ont pourtant fait l’Allemagne et l’Espagne) ou à nationaliser des entreprises stratégiques qui aideraient pourtant notre pays à faire face à l’urgence sanitaire et à produire le matériel et les médicaments dont nous avons besoin (Luxfer, Famar…).

C’est avec ce même dogmatisme que le gouvernement a profité de la crise pour accompagner l’état d’urgence sanitaire de multiples mesures dérogatoires au Code du Travail qui commencent à être mises en application : pose de jours de congés obligatoires pour les salarié-e-s, allongement du temps de travail…

C’est avec ce même dogmatisme que le gouvernement a mis la pression à la filière du BTP pour qu’elle reprenne son activité à tout prix et qu’Anthony Smith, inspecteur du travail dans la Marne, a fait l’objet d’une mise à pied scandaleuse pour avoir fait son travail et avoir exigé une réelle protection face au Covid-19 pour les salariés d’une entreprise d’aide à domicile.

Ne nous y trompons donc pas. Ce n’est pas parce que le gouvernement a suspendu les contre-réformes des retraites et de l’assurance-chômage qu’il a changé de logiciel. C’est bien au peuple et non aux entreprises ou aux plus riches qu’il entend faire payer le coût de la crise, une fois l’état d’urgence sanitaire passée. L’air de rien, il nous prépare une nouvelle crise de la dette publique et un déficit abyssal de la Sécurité Sociale qui servira, le jour d’après, à justifier la poursuite du dépeçage et de la privatisation des services publics. Souvenons-nous des années qui ont suivi la crise financière de 2008. Souvenons-nous de la stratégie du choc chère aux chantres du capitalisme dès lors qu’une crise d’ampleur se présente…

Une Union Européenne au garde-à-vous pour les multinationales et les banques… pas pour les peuples

Pour sa part, l’Union Européenne a une nouvelle fois fait la preuve de son incapacité à dépasser les divergences entre les États membres pour mettre en œuvre des mesures à la hauteur de la crise que nous vivons. Après deux semaines d’échanges à couteaux tirés, les ministres des Finances de la zone euro ne sont parvenus à se mettre d’accord que sur un « plan de sauvetage » minimaliste… Toujours pas de trace d’un fonds de relance et toujours pas de réelle solidarité (les prêts du mécanisme européen de stabilité accordés à certains pays en difficulté restant accompagnés des habituelles conditions de surveillance budgétaire sur les politiques mises en œuvre). Comme le titrait l’Humanité, « l’austérité l’emporte sur la solidarité européenne ».

Dans le même temps, la BCE continue d’inonder les marchés financiers de liquidités sans le moindre contrôle sur l’utilisation de cet argent, sur les critères d’attribution des prêts ou sur l’impact de ces liquidités sur la résolution du moment que nous vivons… Et la Commission Européenne confie au mastodonte américain de la gestion d’actifs Black Rock la rédaction de recommandations sur les finances durables… ce même Black Rock étant un investisseur massif dans les énergies fossiles… A Bruxelles, comme à Paris, les lobbies économiques continuent à être accueillis à bras ouverts et à être plus entendus que les peuples.

Comment croire dans ces conditions que les financiers et les grandes multinationales ne continueront pas à diriger le monde si le personnel politique dominant reste en place ? Pourtant, cette crise majeure démontre plus que jamais l’urgence d’un changement de cap.

Une crise symptomatique des ravages du capitalisme

En premier lieu, cette crise révèle l’impossibilité du capitalisme mondialisé à faire face à la pandémie. Les chaînes de valeur écartelées entre différents pays, la gestion de production à flux tendu (zéro stock), la destruction des prétendues « surcapacités » de production chère aux actionnaires et aux dirigeants d’entreprises montrent toutes leur vulnérabilité et leur manque de robustesse. La mondialisation néolibérale n’accepte pas le moindre grain de sable dans la production ou dans le transport. Les pénuries de médicaments en sont l’exemple le plus criant : alors que la production des principes actifs de presque 85% des médicaments vendus en France et en Europe dépend de la Chine, il suffit que les usines chinoises de retrouvent partiellement fermées pour que les malades et hôpitaux de l’Hexagone se retrouvent à court de traitement. Les patients en pâtissent sacrifiés sur l’autel de la sacro-sainte rentabilité pour les actionnaires…

Cette crise souligne aussi l’état de délabrement de notre industrie, après des décennies de délocalisations qui ont réduit en miettes notre souveraineté nationale, mais surtout la dégradation organisée par l’État de nos services publics, de nos EHPAD et de notre système de santé. Quasiment partout, à l’exception notable de Cuba, les systèmes sanitaires sont exsangues, démembrés de manière accélérée au cours des quinze dernières années pour répondre aux « impératifs » de rigueur budgétaire. L’affaiblissement des services publics se révèle un crime et une erreur meurtrière dès lors qu’il n’y a pas assez de lits, de matériel médical ou de dispositifs de protection pour les soignant-e-s et pour les proches des malades. Dans de nombreux pays, comme en France, les citoyen-ne-s constatent tardivement mais de manière frontale à quel point les politiques néolibérales mises en œuvre depuis le tournant néolibéral de la première moitié des années 1980 nous ont désarmé face à une telle pandémie.

Cette crise met aussi en exergue les inégalités, ne serait-ce que dans le monde du travail, où les cadres et les catégories socio-professionnelles supérieures se retrouvent confinés, à l’abri, en télétravail tandis que les ouvriers, les caissiers, les éboueurs et la majorité des travailleurs manuels se retrouvent sur le terrain, exposés à un virus insaisissable… ou alors contraints à l’inactivité et au chômage partiel du fait de la fermeture de leurs entreprises. Elle exacerbe aussi la fracture numérique entre les enfants qui disposent à domicile d’un ordinateur et d’une connexion internet pour continuer à suivre à distance l’enseignement dispensé par les professeurs et instituteurs… et les enfants qui se retrouvent coupés de tout accès à l’éducation.

Cette crise invite aussi à réévaluer les métiers réellement essentiels au fonctionnement de notre pays. Comme le relevait le Conseil National de notre Parti le 3 avril dernier dans une adresse aux salarié-e-s, « infirmières, éboueurs, caissières, agents de nettoyage, dockers, cheminots, fonctionnaires territoriaux, ouvrier·e·s de l’industrie agro-alimentaire, médecins, livreurs…, salariés du public comme du privé, c’est vous qui maintenez la France debout, c’est vous qui êtes en première ligne face au péril. » Autant de salarié-e-s qui peinent souvent aujourd’hui à joindre les deux bouts et qui sont trop rarement écouté-e-s par leurs directions d’entreprises ou par le gouvernement. La refondation du pays doit s’appuyer sur eux et non sur des « premiers de cordée » qui se sont révélés bien inutiles depuis le début de cette crise.

Il faut en finir avec cette situation ! Cette crise doit être l’occasion d’une prise de conscience collective des impasses du capitalisme en tant que modèle de production et d’échange, des impasses du néolibéralisme et de la gouvernance par les nombres en tant que principes de gouvernement. Mais il reste du chemin avant que les applaudissements de 20h aux fenêtres ne se transforment durablement en une volonté de développement des services publics ou de prise de pouvoir citoyenne sur l’argent…

Agir pour un futur réellement émancipateur

Pour aider à cette prise de conscience, rappelons d’abord la responsabilité de ce gouvernement mais aussi de ses prédécesseurs (les stocks stratégiques de masques chirurgicaux ont été détruits pendant la présidence Hollande tout comme la majorité des capacités d’accueil de nos hôpitaux) dans la situation que nous vivons actuellement… Rappelons aussi les mensonges répétés des macronistes (en premier lieu sur l’importance du port du masque) ainsi que les alertes qu’ils ont volontairement ignorées ces dernières années quant à l’état de notre système sanitaire et quant à l’explosion des inégalités. Rappelons aussi que c’est l’évasion fiscale et les nombreuses niches fiscales qui ont asséché les budgets de nos hôpitaux publics… Rappelons aussi que nous, les communistes, nous n’avons eu de cesse d’appeler à un investissement massif dans les services publics, dans un plan d’urgence pour l’hôpital et dans un plan de relance de notre industrie.

  

D’autres voies sont pourtant possibles pour sortir de la crise, comme l’ont récemment proposé les députés communistes à l’Assemblée Nationale dans un plan de 75 mesures d’urgence qui mérite d’être lu tant il fait sens.

Mais au-delà des propositions immédiates et des mesures concrètes, au-delà de la nécessaire relance des services publics et de l’importance d’une fiscalité plus juste et redistributive, il y a quelques évidences qui devront nous servir de boussole pour « le jour d’après »:

  • Le capitalisme et la recherche permanente de l’amélioration du taux de profit sont incapables de faire primer l’intérêt général sur la loi du marché. Nous devons reprendre le pouvoir sur l’argent mais aussi sur nos vies et aller vers une économie de la coopération et vers la pleine réalisation de la démocratie industrielle. Il faut mettre à l’ordre du jour l’appropriation des moyens de production par les travailleurs mais aussi la prise de pouvoir des travailleurs sur la création des richesses, sur leur répartition et sur toutes les décisions relatives aux finalités et à l’organisation des entreprises. Puisque les travailleurs font tourner l’économie, le pouvoir doit leur revenir dans les entreprises. Commençons aussi par réinterroger en profondeur l’échelle des salaires pour revaloriser la rémunération des métiers qui ont fait la démonstration de leur caractère essentiel à l’occasion de cette crise. Et comme Frédéric Boccara le proposait récemment dans L’Humanité, allons plus loin en développant « des réseaux non capitalistiques de coproduction et de recherche, ou des co-nationalisations internationales. »

  • Puisque notre pays n’est plus en capacité de produire ce dont nous avons besoin et que les chaînes de valeurs mondialisées se sont effondrées en quelques jours, il devient urgent de rebâtir une industrie locale et des réseaux productifs de proximité à la hauteur des enjeux sanitaires et écologiques de notre temps. La proposition de création d’un pôle public du médicament que nous défendons depuis de nombreuses années y trouvera bien entendu toute sa place.

  • Le néolibéralisme qui guide nos dirigeants depuis des décennies doit être mis à bas. Et cela passera nécessairement par une profonde refondation de notre vie démocratique, autour d’institutions réellement soumises à la puissance des individus associés, mais aussi par une autre mondialisation de partage et de coopération. « Il y a besoin de tous autres traités internationaux d’investissement et d’échange, et de nouvelles institutions publiques internationales », comme le relevait à nouveau Frédéric Boccara. 

Pour Marx, « les crises ne sont jamais que des résolutions violentes des contradictions existantes ». Pour que les choses basculent du bon côté, sachons nous appuyer sur la belle solidarité dont font preuve actuellement nombre de nos concitoyen-ne-s pour faire émerger le futur émancipateur qui est en germes dans les contradictions du système actuel. Le temps presse. Plus que toute autre, cette crise rappelle l’urgence du communisme.

Note : A date, le gouvernement Macron-Philippe, faute de s’être préparé à cette crise comme il l’aurait dû, ne dispose toujours pas des masques et des réactifs qui permettraient de tester l’ensemble de la population avant la fin du confinement et de mettre à la disposition de chacun-e des moyens de protection adaptés. Il s’apprête donc à rouvrir progressivement les écoles en s’appuyant sur une politique de test hésitante (et en tout cas insuffisante si elle s’arrête aux personnes présentant des symptômes), pour répondre aux exigences d’un MEDEF qui piaille de voir revenir au travail les salarié-e-s bloqué-e-s à leur domicile pour des raisons de garde d’enfants… Ce faisant, il est prêt à mettre en danger le personnel éducatif et à courir le risque d’une seconde vague de l’épidémie. Une nouvelle fois, il fait preuve de son incurie dans la gestion de cette crise sanitaire, prisonnier d’une logique productiviste pourtant dépassée…

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