AG de rentrée des communistes de Saint-Maur

Ce dimanche 6 septembre, c’était l’assemblée générale de rentrée des communistes de Saint-Maur ! L’occasion d’un barbecue fraternel qui a été précédé d’un petit discours d’introduction par notre secrétaire de section faisant le point sur la crise systémique inédite que nous vivons (discours que nous reproduisons ci-dessous pour celles et ceux qui n’auront pas pu faire le déplacement).


Cher-e-s camarades,

 

Je tiens tout d’abord à vous dire que ça fait vraiment du bien de vous retrouver toutes et tous après ces nombreux mois où les conditions sanitaires et les restrictions de rassemblement ne nous ont pas permis de nous retrouver autrement qu’à travers des écrans ou de téléphones, excluant de fait bon nombre de camarades des échanges. Je suis sincèrement heureux de vous retrouver en bonne santé, ici, dans le jardin de notre section.

 

Nous continuons de vivre une crise sociale, sanitaire et économique d’une ampleur inédite. Après les milliers de morts et de malades, il y a désormais les vagues de licenciement financés par de l’argent public, les liquidations judiciaires et les drames humains qui les accompagnent. Des milliers de salariés de Renault, d’Air France, de Camaïeu, d’Alinéa, de Verallia mais aussi des nombreux petits commerces qui ont dû baisser le rideau viennent peu à peu rejoindre les cohortes de privés d’emploi, bien trop souvent pour des raisons fallacieuses ou opportunistes qui ne visent qu’à préserver les dividendes des actionnaires… Ce prétendu « jour d’après » ressemble à s’y méprendre à ce que nous connaissons depuis des décennies sur le plan social.

Pendant la période de confinement et les semaines qui l’ont suivies, j’ai déjà eu l’occasion de partager avec vous des analyses à chaud sur cette crise systémique. Je ne vais pas m’étendre sur le sujet plus que de raison, mais je souhaite quand même en dire deux mots, maintenant que nous avons quelques mois de recul.

Cette crise n’est pas due à un pangolin ou à une chauve-souris. Derrière le pangolin (peut-être contaminé par une chauve-souris) qui aurait transmis le virus à un humain, il y a la déforestation qui chasse les animaux sauvages. Derrière le pangolin, il y a la destruction de l’environnement et de la biodiversité, qui est consubstantielle à la folie capitaliste dont le seul objectif reste l’accumulation sans fin des profits, indépendamment de ses impacts sociaux ou environnementaux. Oui, derrière le pangolin, c’est bel et bien le capitalisme et son appétit insatiable d’accaparement des richesses qui est le battement d’ailes de papillon à l’origine de la catastrophe que nous sommes en train de vivre.

 

Mais, au-delà des causes, parlons des conséquences…

En effet, si le virus a eu des conséquences aussi dramatiques en France, c’est bien parce que la recherche du profit maximum a conduit depuis la fin du XXème siècle à démanteler nos industries locales, nous privant ainsi de toute capacité à produire le matériel sanitaire et les masques dont nous avons eu besoin. C’est aussi parce que les fermetures de lits d’hôpitaux et les destructions des stocks de masques se sont accélérées ces dernières années pour diminuer les dépenses publiques afin de faire toujours plus de cadeaux fiscaux aux multinationales et aux plus riches (qu’il s’agisse de la suppression de l’ISF, de la mise en place de la « flat tax » ou de toutes les exonérations de cotisations sociales qui ont affaibli notre système de santé solidaire).

Si le virus s’est propagé aussi rapidement dans le monde, c’est bel et bien parce que le capitalisme mondialisé n’a fait que développer et accélérer la mobilité des marchandises et des plus fortunés.

Si le virus s’est révélé particulièrement mortel dans les zones urbaines et les métropoles, c’est aussi parce que cette augmentation des transports carbonés (aérien et routier) a été à l’origine d’une concentration de particules fines dans l’air qui a créé des autoroutes pour la propagation du virus et qui a engendré de nombreuses pathologies respiratoires.

Ici comme un peu partout à travers le monde, les ravages du Covid-19 sont le fruit des politiques mises en œuvre par les gouvernements afin de satisfaire la logique du Capital. Je crois que nous avons besoin de faire partager largement cette analyse de la crise que nous vivons actuellement, car seule une prise de conscience large pourra permettre d’ébranler les certitudes d’hier et d’aller vers un changement de logiciel.

Pour ce faire, nous devons nous engouffrer dans les portes qui ont été entrouvertes au début de la crise. Le Covid-19 aura en effet forcé les dirigeants à remettre en cause, même temporairement, des dogmes présentés jusqu’ici comme des lois gravées dans le marbre. En quelques jours, des centaines de milliards d’euros auront été trouvés alors que cela faisait des mois que Macron et ses comparses nous disaient qu’il n’y avait « pas d’argent magique ». L’impossible d’hier est devenu possible, et même incontournable. Même si désormais les cadeaux fiscaux pour le patronat et l’austérité repartent de plus belle sous la forme d’un plan de « relance du monde d’avant », sachons le rappeler à ceux qui nous disent qu’il est impossible de faire bouger les lignes ou de mettre en œuvre d’autres politiques !   

 

Compte tenu de tous ces éléments, je crois que, comme le disait récemment le philosophe Bernard Vasseur dans un petit livre que je ne peux que vous recommander, il ne s’agit pas de réfléchir au jour d’après, mais au système d’après, à l’après-capitalisme.

Je crois que c’est à cette hauteur que nous devons désormais nous élever en tant que communistes, notamment en vue du prochain Congrès du PCF qui se déroulera au mois de juin 2021. Si la crise a montré combien nos gouvernants étaient hésitants, chancelants voire incompétents dans leur gestion du quotidien, l’ingéniosité et le courage dont auront fait preuve les travailleuses et travailleurs sur le terrain a été remarquable. Il en va de même pour les associations et les collectifs citoyens qui auront pallié les défaillances de l’Etat pendant la période du confinement. Comme l’indiquait Marx, l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. Or ces quelques mois nous révèlent les capacités d’autogestion active et citoyenne qui n’attendent qu’à être libérées au sein de la population, si seulement on faisait à nouveau confiance aux travailleurs et aux citoyens.

 

En cette année du Centenaire de notre Parti, après m’être plongé pendant tout l’été sur la période du Congrès de Tours de 1920, je pense qu’il nous faut revenir à l’élan révolutionnaire des fondateurs de la Section Française de l’Internationale Communiste (SFIC) qui voulaient réellement changer la vie en dépassant le capitalisme. C’est pourquoi il me semble important d’utiliser le centenaire de notre beau Parti, non seulement pour rappeler les conquêtes que nous avons permis, pour rendre plus intelligible ce qu’est la tradition du communisme français mais aussi pour donner corps à la visée communiste et à la société émancipée que nous appelons de nos souhaits.

Je crois que nous avons besoin d’un projet de transformation globale radical et mobilisateur, un projet qui permettra à chacune et à chacun de croire à nouveau en la possibilité de se réapproprier individuellement et collectivement nos vies ; ces vies qui sont actuellement confisquées par la domination de classe. Il ne s’agit pas seulement de mieux répartir les richesses, il faut aussi modifier en profondeur nos modes de production. Je continue de croire que notre communisme doit être celui du contrôle collectif conscient de la production par les producteurs associés, qu’il s’agisse des conditions de travail, de la nature et des finalités de la production, de l’utilisation de la survaleur qui en découle… Il nous incombe, en nous appuyant sur les expériences qui marchent (Scop-TI) ou qui ont marché (à l’image des soviets de 1917 ou de la Commune de Paris dont nous fêterons l’an prochain les 150 ans), de rebâtir un imaginaire populaire.

Au-delà de la crise systémique que nous traversons, nous vivons aussi à mon sens une réelle crise d’hégémonie des dominants en France (de moins en moins de personnes croient à la parole gouvernementale ou patronale, de moins en moins de personnes pensent que le capitalisme va améliorer leur vie, de moins en moins de personnes croient que les gouvernants sont plus compétents qu’eux…). C’est dans ces conditions qu’une bascule des consciences est possible, une bascule des consciences qui pourrait permettre d’envisager une nouvelle hégémonie des subalternes et rallier à eux cette partie des couches moyennes qui a souffert dans sa chair de la pandémie. Il nous faut donc rapidement nous remettre au travail en ce sens. Mais cette bascule des consciences ne sera possible que si nous savons redonner un espoir et incarner à nouveau une alternative. Elle ne sera possible que si nous parvenons à produire un autre récit que celui proposé par le rouleau compresseur néolibéral qui n’a de cesse d’essayer d’écraser celles et ceux qui redressent la tête, que si nous savons proposer un plan pour l’avenir assez captivant pour que le peuple se mobilise en masse pour le voir se réaliser…

A la faveur du déconfinement, les mobilisations antiracistes et féministes ont repris de plus belle, tout comme les grèves des personnels hospitaliers qui sont loin d’avoir obtenu satisfaction à l’issue d’un « Ségur de la Santé » qui n’aura fait que jeter des miettes à des soignants pourtant présentés comme des héros quelques semaines en arrière. Ce sont maintenant les gilets jaunes qui entendent reprendre du service. Le 17 septembre prochain, ce seront les syndicats qui descendront dans la rue pour l’emploi, les salaires, les services publics et les retraites. Félicitons-nous-en car ces mobilisations montrent bien que, malgré l’adversité, la population n’est pas découragée et qu’elle n’hésite pas à dire son ras-le-bol de ce système qui va dans le mur… mais elle cherche encore une alternative. A l’issue de cette crise, de plus en plus en plus de personnes commencent à faire le lien entre les dominations et les humiliations qu’ils subissent au quotidien et l’oppression néolibérale qui nous enserre toutes et tous.

Œuvrons à montrer que la combinaison des dominations et des aliénations est au cœur du système capitaliste qui sait que son salut ne peut résider que dans la division de celles et ceux qui n’ont que leur force de travail à vendre. Le racisme, le sexisme, l’âgisme (qui oppose les actifs et les soi-disant inactifs) et la division des travailleurs (entre salariés et chômeurs, entre privé et public, entre précaires et statutaires) sont la planche de salut des capitalistes et ils le savent… Tant que les travailleurs se chamailleront, ils ne regarderont pas vers le haut, ils ne verront pas que Jeff Bezos (le patron d’Amazon) a profité de la crise pour dépasser les 200 milliards d’euros de fortune personnelle, ils ne verront pas que 8 milliardaires possèdent autant de richesses que 50% de la population mondiale, ils ne verront pas que les 500 plus grandes fortunes françaises ont multiplié par dix leur fortune en 10 ans pour atteindre la somme astronomique de 730 milliards d’euros (soit un tiers du PIB français)…

Ne nous y trompons-pas, les capitalistes savent où est leur intérêt. C’est la raison première de la place accordée sur leurs antennes par Bolloré et tous les magnats de l’audiovisuel aux pamphlétaires d’extrême droite à la Zemmour. C’est la raison première de la place accordée dans les médias aux Trump, Bolsonaro et autres Le Pen. Leur discours de haine est là pour diviser les travailleurs et œuvrer au maintien du système actuel.

Sans œillères, œuvrons donc à fédérer, sans les annexer, les luttes en cours. Œuvrons à mettre en évidence la façon dont les dominations sont articulées pour mieux cacher les impasses du système capitaliste et préserver le pouvoir de la classe capitaliste.  Œuvrons aussi à faire prendre conscience qu’il n’y a pas de capitalisme vert et que l’écologie politique ne peut être conséquente que si elle a le courage de s’attaquer à la logique d’accumulation capitaliste. 

Nous aurons l’occasion cet après-midi de débattre ensemble du résultat des élections municipales, des défis qui sont devant nous en vue des élections départementales et régionales, mais aussi de la situation politique nationale et internationale… Mais en attendant, je vous invite à échanger entre vous sur votre expérience de ces derniers mois et à réfléchir à ce système d’après. Notre intelligence collective doit y œuvrer sans tarder pour que notre Parti soit à la hauteur du temps présent.

 

PS : Merci à toutes celles et ceux qui sont venus nous rejoindre par cette belle journée ensoleillée et merci à tou.te.s les camarades qui ont aidé à la préparation de cet évènement.

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